Les premières semaines d’un micro-entrepreneur ressemblent à un marathon de formalités, mais rien ne prépare vraiment à la vague de courriers qui déferle après l’immatriculation. Parmi les flyers sans intérêt, certains documents méritent qu’on s’y attarde : les premiers plis de l’URSSAF, par exemple, sont attendus et légitimes. Mais d’autres enveloppes, plus ambiguës, sèment la confusion et la méfiance.
Au nombre des courriers qui font lever un sourcil, celui des caisses de retraite complémentaires figure en bonne place. Le ton est parfois pressant, insistant sur le caractère obligatoire d’une démarche censée être incontournable. Pour beaucoup d’auto-entrepreneurs fraîchement installés, l’impression de devoir réagir à la minute est tenace… et parfois trompeuse.
La liste des fonds de pension complémentaires qui sollicitent les indépendants est longue : Klesia (anciennement Groupe Mornay), Réunica, AG2R, Vauban Humanis, APICIL, LOURMEL, MALAKOFF MEDERIC… Certains adoptent une approche courtoise, d’autres multiplient relances et courriers, quitte à pousser à la confusion, pour convaincre l’entrepreneur de s’affilier sans délai.
La méthode interpelle : pourquoi tant d’insistance ? En voici un exemple, extrait d’un courrier reçu par bon nombre de micro-entrepreneurs :
« Le groupe (nom masqué) a été désigné par ARRCO et AGIRC pour procéder à votre adhésion à la retraite. À ce jour, vous n’avez pas encore fait connaître votre choix d’organisme. Nous rappelons que cette démarche est obligatoire. Merci de nous contacter rapidement afin de régulariser votre situation. »
Caisse de pension complémentaire : est-ce vraiment une obligation ?
En France, la règle est claire : toute nouvelle société doit s’affilier à un fonds de pension complémentaire… pour ses salariés. Les courriers insistent sur l’obligation, à juste titre. Mais la réalité pour un micro-entrepreneur n’est pas aussi simple.
Les fonds de pension complémentaires sont des sociétés privées. Elles proposent un service, cherchent à capter de nouveaux clients, et leur activité n’a rien d’institutionnel. Rien d’étonnant, donc, à ce que leurs communications jouent parfois sur l’ambiguïté légale pour inciter à la signature. Les références à la loi ne manquent pas, mais elles concernent surtout les entreprises qui recrutent du personnel.
Il existe effectivement deux principaux régimes : l’ARRCO pour les salariés, l’AGIRC pour les cadres. Mais ces distinctions, très structurantes dans une PME, ne concernent que marginalement l’auto-entrepreneur.
Quel intérêt pour le micro-entrepreneur ?
Le statut d’auto-entrepreneur a été conçu pour permettre à une personne d’exercer seule, sans contrainte administrative lourde. Embaucher en micro-entreprise reste possible, mais les plafonds de chiffre d’affaires rendent la démarche rarement pertinente sur le plan économique.
La conséquence est simple : l’auto-entrepreneur n’emploie pas de salarié, ou presque jamais. Pourtant, il reçoit exactement les mêmes courriers que le créateur d’une société qui prévoit de recruter. L’écart entre la réalité et le contenu des lettres laisse perplexe.
Caisse de pension complémentaire pour un entrepreneur sans salarié : que penser de ces relances ?
Dès lors que l’auto-entrepreneur n’a pas de salarié, il n’a aucune obligation concrète vis-à-vis des caisses de retraite complémentaires adressées aux employés. La quasi-totalité des micro-entrepreneurs n’est donc pas concernée par ces relances répétées.
Il existe tout de même une nuance : la loi prévoit qu’une entreprise doit être affiliée à une caisse de retraite complémentaire, même si elle n’a pas de salarié. Ce tour de passe-passe administratif laisse songeur : en pratique, aucune cotisation ne sera due, aucun dossier à compléter. L’auto-entrepreneur, en tant que travailleur non salarié (TNS), cotise déjà à la retraite complémentaire adaptée à son statut professionnel, choisie lors de la déclaration d’auto-entrepreneur.
Faut-il répondre aux courriers des caisses de retraite complémentaire ?
Malgré les mentions d’obligation, le micro-entrepreneur peut tout à fait laisser ces courriers de côté sans s’en inquiéter. En cas d’absence de réponse, un organisme sera attribué automatiquement à la micro-entreprise. Cela ne change rien concrètement tant qu’aucun salarié n’est embauché.
En somme, répondre ou non à l’un de ces courriers n’aura aucun impact financier si vous travaillez seul. À titre d’exemple, un développeur web ayant lancé son activité en micro-entreprise a reçu trois relances en deux semaines. Il a laissé passer les courriers : aucune conséquence, aucune démarche supplémentaire, aucune charge inattendue.
En revanche, si une embauche est envisagée à court terme, choisir soi-même l’organisme peut éviter les mauvaises surprises : une fois l’affiliation attribuée, il n’est plus possible de la modifier ensuite.
Si le courrier reçu vous paraît ambigu ou laisse planer un doute, le plus simple reste de contacter directement l’organisme concerné. Vous gagnerez en clarté… et éviterez de perdre du temps en formalités inutiles.
La paperasse, parfois absurde, accompagne l’entrepreneur dès le début. Mais dans le grand jeu de la retraite complémentaire, l’auto-entrepreneur solo reste simple spectateur, sauf à changer de catégorie. D’ici là, les enveloppes peuvent bien s’accumuler : elles finiront souvent là où elles auraient dû rester, au fond d’un tiroir ou, plus sûrement, dans la corbeille.


