Vous venez d’être élu maire pour la première fois. Entre les félicitations et les premières réunions, une question très concrète se pose : combien allez-vous réellement toucher chaque mois ? La réponse dépend avant tout de la taille de votre commune, mais aussi de décisions prises par votre conseil municipal. Contrairement à ce que suggère le mot « salaire », un maire ne perçoit pas un salaire au sens classique. Il reçoit une indemnité de fonction, un mécanisme juridique bien particulier.
Indemnité de fonction du maire : pourquoi ce n’est pas un salaire
Un salarié signe un contrat de travail. Un maire, lui, exerce un mandat. Cette distinction change tout sur le plan fiscal et social.
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L’indemnité de fonction vise à compenser les contraintes liées au mandat, pas à rémunérer un travail au sens du Code du travail. Elle ne génère pas les mêmes droits au chômage ni la même couverture retraite qu’un emploi classique.
Plusieurs associations d’élus locaux alertent d’ailleurs sur ce point : pour un maire débutant qui réduit ou cesse son activité professionnelle, l’indemnité ne compense pas la perte de droits à la retraite. Le premier mandat peut donc représenter un vrai sacrifice financier, surtout dans les petites communes où le montant perçu reste modeste.
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Barème des indemnités de maire selon la population de la commune
Le montant maximal de l’indemnité est fixé par la loi. Il dépend d’un pourcentage appliqué à un indice de la fonction publique, et varie selon la strate démographique de la commune.
Voici ce que prévoit le barème pour les maires, en montant brut mensuel :
| Taille de la commune | Indemnité brute mensuelle maximale |
|---|---|
| Moins de 500 habitants | Quelques centaines d’euros |
| De 500 à 3 499 habitants | Autour de 1 600 à 2 000 euros |
| De 3 500 à 9 999 habitants | Entre 2 000 et 2 500 euros environ |
| De 10 000 à 49 999 habitants | Nettement au-dessus de 2 500 euros |
| Plus de 100 000 habitants | Plusieurs milliers d’euros |
Ce tableau donne les plafonds bruts. La très grande majorité des maires touche moins de 2 500 euros brut par mois. Les montants nets sont encore inférieurs, après déduction des cotisations sociales.

Loi Engagement et Proximité : ce qui a changé pour les petites communes
Avant 2019, les maires de communes rurales percevaient des indemnités très basses, parfois déconnectées de la charge de travail réelle. Être maire d’un village de 300 habitants, c’est pourtant gérer de l’urbanisme, des états civils, des subventions, des travaux.
La loi « Engagement et Proximité », entrée en vigueur le 27 décembre 2019, a revalorisé les indemnités des maires de communes de moins de 3 500 habitants. La hausse a été particulièrement marquée pour les plus petites communes, là où la difficulté à trouver des candidats au poste de maire devenait préoccupante.
Cette revalorisation ciblée reconnaît un fait simple : la charge de travail d’un maire ne diminue pas proportionnellement à la population. Les obligations administratives et réglementaires restent lourdes, même avec peu d’habitants.
Le conseil municipal peut voter un montant inférieur au plafond
Vous pourriez penser que chaque maire touche automatiquement le maximum prévu par le barème. En pratique, le conseil municipal vote le montant de l’indemnité lors d’une délibération. Et ce montant peut être inférieur au plafond légal.
Pourquoi un maire accepterait-il de toucher moins ? Plusieurs raisons reviennent fréquemment :
- La volonté de préserver le budget communal, surtout dans les petites communes aux finances serrées
- Un choix politique de modération affiché devant les administrés
- La répartition de l’enveloppe globale d’indemnités entre le maire, les adjoints et parfois les conseillers délégués
L’écart entre le barème légal et le montant réellement perçu peut être significatif. Des délibérations municipales récentes montrent que certains maires votent des taux nettement en dessous du plafond autorisé.
Cotisations sociales et passage du brut au net pour un maire
Comme pour un salarié, l’indemnité brute ne correspond pas au montant viré sur le compte en banque. Des cotisations sociales sont prélevées : CSG, CRDS, cotisation retraite IRCANTEC.
Pour un maire débutant, le passage du brut au net représente une perte d’environ un quart à un tiers du montant brut, selon la situation. Ce qui reste en net dépend aussi du choix fiscal : l’indemnité peut être soumise à l’impôt sur le revenu, avec un abattement spécifique, ou intégrée dans la retenue à la source classique.
Un point souvent négligé : les droits à la retraite acquis via l’indemnité de fonction sont faibles. Un maire de 45 ans qui met sa carrière entre parenthèses pendant six ans pour son premier mandat se retrouve avec un trou dans ses cotisations retraite. Ce coût indirect n’apparaît nulle part sur la fiche d’indemnité.
Peut-on cumuler l’indemnité de maire avec un salaire ?
Un maire peut conserver une activité professionnelle en parallèle, notamment dans les petites communes. Le cumul est possible, mais la loi encadre le cumul d’indemnités de mandats électifs.
Si un maire est aussi vice-président d’une intercommunalité, par exemple, le total de ses indemnités ne peut pas dépasser un plafond fixé par les textes. Ce plafond correspond à une fois et demie l’indemnité parlementaire de base.

Premier mandat de maire : ce que le montant ne dit pas
Réduire la question à « combien gagne un maire » laisse de côté la réalité du temps investi. Un maire d’une commune de quelques milliers d’habitants consacre souvent plus de 30 heures par semaine à son mandat, entre permanences, réunions, signatures et gestion de crise.
Rapporté au temps passé, le « taux horaire » d’un maire de petite commune tombe bien en dessous du SMIC. C’est d’ailleurs l’un des arguments portés par les associations d’élus pour justifier de nouvelles revalorisations.
- L’indemnité ne couvre ni les frais de déplacement courants, ni les repas liés aux fonctions (sauf frais de mandat encadrés dans les grandes villes)
- Les maires des communes rurales n’ont souvent aucun cabinet ni directeur de services pour déléguer
- La responsabilité pénale du maire reste engagée sur de nombreux sujets, de l’urbanisme à la sécurité publique
Le montant inscrit sur la délibération du conseil municipal ne raconte qu’une partie de l’histoire. Pour un maire débutant, la vraie question n’est pas combien il gagne, mais combien il y laisse en termes de carrière, de retraite et de temps personnel.


