Le plafonnement de l’amortissement des véhicules de tourisme génère chaque année des erreurs de réintégration sur la liasse fiscale. Deux niveaux de non-déductibilité se cumulent quand le véhicule sert aussi à des déplacements privés, un point que la plupart des guides de calcul ignorent. Nous détaillons ici les écritures comptables concrètes, les pièges de la ligne WE du formulaire 2058-A et les justificatifs attendus en contrôle.
Usage mixte du véhicule de tourisme : le double niveau d’amortissement non déductible
La réintégration extra-comptable ne se limite pas au dépassement du plafond fiscal. Quand un dirigeant utilise le véhicule inscrit à l’actif pour des trajets personnels, une seconde réintégration s’ajoute pour la quote-part privée, même si le prix d’acquisition reste sous le plafond légal.
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En pratique, le calcul se déroule en deux temps. D’abord, on isole la fraction d’amortissement annuel qui excède le plafond applicable (lié aux émissions de CO₂ et à la date d’acquisition). Ensuite, sur la dotation restant sous ce plafond, on applique le pourcentage d’usage personnel pour déterminer la part non déductible supplémentaire.
Prenons un véhicule acquis TTC à 25 000 euros, amorti linéairement sur cinq ans, avec un plafond fiscal de 18 300 euros et un usage professionnel justifié à 70 %.
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| Élément | Calcul | Montant annuel |
|---|---|---|
| Dotation comptable | 25 000 / 5 | 5 000 |
| Dotation sur plafond fiscal | 18 300 / 5 | 3 660 |
| AND lié au dépassement du plafond | 5 000 – 3 660 | 1 340 |
| Part privée sur dotation déductible | 3 660 x 30 % | 1 098 |
| Total réintégration fiscale annuelle | 1 340 + 1 098 | 2 438 |
Sans le second niveau, l’entreprise ne réintégrerait que 1 340 euros. L’oubli de la quote-part privée expose à un redressement portant sur chaque exercice non prescrit.

Écritures comptables de l’amortissement non déductible d’un véhicule de tourisme
En comptabilité, la dotation aux amortissements est enregistrée pour son montant total. La distinction entre part déductible et part non déductible ne se traduit pas dans le journal, mais uniquement dans la liasse fiscale.
Écriture de dotation annuelle
En reprenant le véhicule à 25 000 euros amorti sur cinq ans :
- Débit du compte 68112 (Dotations aux amortissements sur immobilisations corporelles) : 5 000 euros
- Crédit du compte 28182 (Amortissements du matériel de transport) : 5 000 euros
- Aucune écriture spécifique pour la fraction non déductible : le retraitement est purement extra-comptable
Le résultat comptable diminue bien de 5 000 euros. La réintégration de 2 438 euros (dans notre exemple) s’opère ensuite sur le tableau 2058-A, sans toucher au plan comptable.
Rattachement dans la liasse fiscale
Pour les sociétés soumises à l’IS ou les entreprises en BIC, la réintégration totale (dépassement du plafond + quote-part privée) se reporte sur la ligne WE du formulaire 2058-A. Les professions libérales en BNC utilisent la ligne 36 de la déclaration 2035-B.
Nous recommandons de détailler le calcul dans une annexe interne jointe au dossier de travail annuel. En cas de contrôle, l’administration demande systématiquement le détail ligne par ligne de la réintégration, ventilé entre plafond et usage mixte.
Justificatifs d’usage professionnel exigés lors d’un contrôle fiscal
Déclarer un taux d’usage professionnel de 70 ou 80 % ne suffit plus. La doctrine récente impose des éléments traçables pour étayer le pourcentage retenu.
- Un carnet kilométrique détaillé mentionnant date, trajet, objet du déplacement et kilométrage
- Des données GPS ou télématiques issues du véhicule, rapprochées de l’agenda professionnel
- Les factures de carburant ou de recharge, recoupées avec les trajets déclarés
- Les notes de frais associées (péages, stationnement) cohérentes avec les déplacements professionnels
Un taux d’usage professionnel non documenté sera ramené par l’administration à un niveau forfaitaire, souvent moins favorable. Le carnet kilométrique reste la pièce maîtresse du dossier de preuve.
Plafond fiscal et émissions de CO₂ : incidence sur le calcul d’amortissement
Le plafond de déductibilité varie selon le taux de CO₂ du véhicule et sa date de première immatriculation. Plus les émissions sont élevées, plus le plafond baisse, et donc plus la fraction non déductible augmente. Les véhicules électriques bénéficient du plafond le plus élevé (30 000 euros), ce qui réduit mécaniquement l’AND.
Pour un véhicule à émissions élevées soumis au plafond de 9 900 euros et acquis à 35 000 euros TTC, la dotation annuelle non déductible liée au seul dépassement atteint déjà plus de la moitié de la dotation comptable. Le choix du véhicule conditionne directement le coût fiscal réel de l’immobilisation.
La base d’amortissement retenue est toujours le prix TTC, puisque la TVA sur les véhicules de tourisme n’est pas récupérable. Cette particularité gonfle mécaniquement l’assiette de calcul et donc le montant de l’AND par rapport à un utilitaire pour lequel la TVA est déductible.

Location longue durée et crédit-bail : réintégration des loyers excédentaires
Le mécanisme de plafonnement s’étend aux véhicules de tourisme pris en location. La fraction de loyer correspondant à l’amortissement qui aurait dépassé le plafond chez le bailleur doit être réintégrée par le locataire.
Le bailleur communique chaque année la part d’amortissement comprise dans le loyer et le prix d’acquisition du véhicule. Le locataire calcule alors la fraction non déductible du loyer selon la même logique de plafonnement, et la reporte sur la ligne correspondante de sa liasse fiscale.
Cette obligation est fréquemment négligée par les entreprises en crédit-bail, qui considèrent à tort que le traitement fiscal relève du loueur. Le risque de redressement est identique à celui d’un véhicule détenu en propre.
L’amortissement non déductible des véhicules de tourisme ne se résume pas à un simple calcul de dépassement de plafond. La combinaison du plafonnement fiscal, de la quote-part d’usage privé et des exigences documentaires récentes impose un suivi rigoureux dès l’inscription du véhicule à l’actif. Chaque exercice non contrôlé avec un taux d’usage professionnel injustifié constitue un risque cumulatif sur la période de prescription.


